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Ce mois-ci, nous avons rencontré Frédérique, 27 ans et Frédéric, 40 ans.


Même prénom, même passion, deux photographes nous parlent de leur quotidien.







En quoi consiste votre travail ?

Frédéric
Je travaille actuellement pour un éditeur de livres de cuisine pour lequel je réalise des illustrations. Il me communique la maquette du livre qui contient les recettes. Je vais acheter les ingrédients, je réalise la recette, je la mets en scène selon les desiderata de l'éditeur, je réalise l'éclairage, je la "shoot", je calibre mes photos et pour finir je les grave sur CD pour livrer ma commande.



La durée consacrée à chaque photo est assez variable : une salade est en général vite préparée, si elle ne contient pas trop d'ingrédients rares ; un soufflé peut réussir du premier coup mais peut aussi donner du fil à retordre. S'il est trop "raplapla", on recommence…jusqu'à obtenir l'aspect souhaité. Quelquefois, réaliser une recette et sa photo peut prendre toute une journée !

Frédérique

Je suis photographe indépendante. Je travaille sur contrat, avec des particuliers (mariages, portraits) et des entreprises (communication interne, publicité, packshot, photo produit …). Je travaille également avec un photographe qui me sous-traite certains contrats.

J'accepte tous les contrats car cela me permet de gagner ma vie et de payer mes charges, pour me consacrer au deuxième aspect du métier, celui qui me tient vraiment à coeur : l'artistique. Là, je travaille sur des créations personnelles, puis je démarche des galeries pour pouvoir être exposée. Mon thème de prédilection ? Le nu, l'humain, le corps.

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Quel a été votre parcours ?

Frédéric
Depuis gamin, je suis passionné par la photographie. Je n'ai jamais été très scolaire et quand l'heure de choisir une orientation est venue en 3 ème, j'ai opté pour la cuisine pour plusieurs raisons : un oncle que j'admirais beaucoup, avait un restaurant et j'aimais venir le voir travailler et lui donner un coup de main en extra. J'aimais et j'aime toujours l'esthétique du métier et "la chimie des casseroles" : deux ingrédients que je retrouve en photo.

Jusqu'à 32 ans, j'ai exercé mon métier dans des restaurants de toutes les gammes et à différents niveaux de responsabilités. Je suis un passionné y compris en cuisine mais à un moment j'ai été "rattrapé" par la photo : j'ai eu envie d'en faire plus qu'un loisir d'autant plus que la cuisine, avec ses horaires lourds et contraignants, ne laisse pas beaucoup de place pour les loisirs.

J'ai assisté pendant un an un photographe professionnel sans contre partie financière et en échange, j'ai acquis à son contact les connaissances et la technique qui me manquaient pour me "lancer". Après cela, j'ai eu une période de 4 ans ou tout en travaillant en extra en cuisine, j'ai démarché les agences et la presse pour y vendre mon travail : des reportages photos réalisés en France et en Afrique….mais la concurrence est rude et je ne disposais pas d'un réseau. 

J'ai eu l'opportunité de rencontrer une autre photographe en contact avec une maison d'édition cherchant des professionnels capables d'illustrer des livres de cuisine. Elle avait les compétences en photo mais pas en cuisine : nous avons démarré une collaboration qui dure depuis 4 ans.
 
Frédérique
Petite, je faisais beaucoup de peinture et de modelage. Une fois au lycée, ayant un bon niveau scolaire, j'ai pris la voie scientifique. Mais là où je me faisais vraiment plaisir, c'était pendant les cours de dessin que je prenais en dehors du lycée.

Après le Bac, j'ai donc intégré les Beaux Arts de Besançon. J'ai eu la chance d'avoir des parents compréhensifs qui m'ont laissé vivre ma passion ! Les trois années passées aux Beaux Arts m'ont apporté un esprit critique et une exploration de l'expression artistique. Je me suis spécialisée en photographie. Mais la photo y est abordée uniquement d'un point de vue artistique et conceptuel. En sortant, je manquais de théorie, de technique. J'ai donc continué deux ans dans une école privée de photographie à Lyon pour combler mes lacunes. Avec le matériel de l'école à disposition et une liberté artistique totale, j'ai pu m'exercer et commencer à développer ma "patte"…

Durant cette formation, j'ai effectué un stage chez un photographe, puis j'ai continué à travailler avec lui en tant qu'indépendante.

Je n'ai jamais voulu avoir un statut de salarié, avec les contraintes que cela impose et l'impression d'être "enfermée"… La précarité est un choix que je peux me permettre étant donné mon âge et ma situation.

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Quelles sont vos conditions de travail ? Les bons et mauvais cotés ?

Frédéric
J'ai un statut de photographe, auteur indépendant. Je vis donc de ce que je vends. L'équilibre est par conséquent fragile et aléatoire. J'ai la chance de travailler de manière régulière depuis 4 ans mais je sais que les choses peuvent s'arrêter du jour au lendemain soit parce que la maison d'édition cesse de nous passer commande, soit parce que notre collaboration devient difficile. En période de "bourre", nous passons 12 heures par jour ensemble, forcément il y a des frictions et des tensions.

Parmi les avantages du métier sous ce statut d'indépendant, j'aime cette possibilité de gérer mon temps comme je le souhaite. Mais cela ne veut pas dire que je suis "libre" ; quand l'éditeur passe commande, le travail doit être réalisé dans un délai quelquefois très court. Si nous ne donnons pas satisfaction, il cessera de s'adresser à nous.

J'ai aussi la grande satisfaction de réaliser mon rêve : je crée et je vis de mes photos. Ce pari n'était pas du tout évident à relever.

Les inconvénients découlent des avantages l'indépendance est synonyme d'équilibre précaire : il faut anticiper l'avenir, penser à cotiser pour avoir une couverture sociale, consacrer du temps à sa comptabilité, économiser pour s'acheter du matériel performant…à l'arrivée, 40% du chiffre d'affaire passe dans les frais divers.

 
Frédérique
Le statut d'indépendant induit une grande irrégularité dans la quantité de travail et donc dans les rentrées d'argent. Il faut savoir alterner mois creux et mois chargés. Il faut aussi faire preuve d'une grande souplesse. Les commandes arrivent souvent au dernier moment. L'aspect comptabilité et commercial du statut d'indépendant est également une réalité à prendre en compte, même si ce n'est pas celle que je préfère !!

L'avantage majeur, c'est évidement d'avoir fait de ma passion mon travail. Le statut d'indépendante me convient parfaitement : j'aime cette liberté d'emploi du temps, le fait de ne pas avoir à répondre d'une hierarchie. J'ai toujours eu un peu de mal avec l'autorité !


Comment voyez vous l'avenir ?

Frédéric
Il y a du changement en perspective : depuis 18 mois ma famille est installée à 100 Km de Strasbourg et je suis séparé d'eux une partie de la semaine. Je veux m'installer auprès d'eux car pour moi l'équilibre professionnel est indissociable de l'équilibre familial.

Je compte ouvrir mon propre studio éventuellement continuer la photo culinaire. Avec ma femme, nous avons des projets dont je ne peux pas encore parler ….
 
Frédérique
Les quelques mois à venir vont être assez chargés ! Ce mois-ci, j'organise un atelier ouvert dans mon appartement. Cela consiste pour un photographe à exposer ses œuvres dans son lieu de vie, et d'inviter les gens à le découvrir. Puis au mois de juin, j'ai la chance d'avoir été contactée pour exposer mon travail sur les nus en Azerbaïdjan. Une bonne opportunité d'allier travail et voyage, ma deuxième passion !!

Sur le long terme, je dois apprendre à démarcher pour pouvoir cibler mes contrats et viser les créneaux qui m'intéressent. Je dois également démarcher plus de galeries pour pouvoir exposer plus souvent mes oeuvres. J'aimerais beaucoup travailler dans l'illustration d'ouvrages. Je continuerai à couvrir quelques mariages, c'est sûr, mais c'est un sacré stress pour le photographe… Impossible de recommencer le lendemain si une pellicule n'a pas fonctionné !!

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Quels conseils donneriez-vous aux futur(e)s photographes ?

Frédéric
Il faut être persévérant et avoir de la rigueur. Ma double compétence m'a été très utile. Quand on vise une profession libérale artistique, il faut toujours se demander avec quoi on va manger et payer son loyer. Il n'est pas rare d'associer profession artistique et boulot alimentaire. Quelquefois, on n'a pas de commande même si on est très compétent.

Avoir fait une école de photo ne donne pas forcément du travail mais, j'imagine qu'on y acquiert les outils et une certaine confiance en soi. Se former seul n'est pas évident : on ne profite pas de l'émulation d'une promo et de l'esprit critique de ses paires pour avancer. L'avantage est cependant d'échapper au formatage.

 
Frédérique
Il faut vraiment faire preuve de détermination, voire même d'obstination pour travailler dans le milieu de la photographie. Car il ne s'agit pas de s'imaginer une vie rêvée ! Il faut trouver les moyens concrets de la réaliser ! Et cela inclut l'administratif, le démarchage, le fait d'accepter des contrats pas toujours en adéquation avec ses préférences… Il faut rester ancré dans le réel, avoir les pieds sur terre. Et je pense que mon bac scientifique m'a un peu aidé à construire des projets qui tiennent debout, à ne pas complètement décoller dans le monde artistique !

Et je dois ajouter que le facteur chance ne doit pas être sous-estimé. J'en ai beaucoup bénéficié !!


Son site : http://www.fredclement.com


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En savoir plus sur le métier

 
Consulte la fiche métier "Photographe" sur le site de l'ONISEP.

Consulte le numéro de la collection Parcours
intitulé "Les métiers de l'image et du son ", publiée par l'ONISEP.



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