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On en parle beaucoup, la protection de l'environnement passe par l'utilisation des énergies renouvelables... En cette semaine nationale du développement durable, nous nous penchons sur les parcours de
Jean-Claude, 59 ans, ingénieur de recherche spécialisé dans le domaine photovoltaïque dans un organisme public, et
Marc, 46 ans, ingénieur gérant d'une société d'ingénierie du bâtiment.
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En quoi consiste votre travail ? |
Jean-Claude
Pour vous parler de mon travail, il me faut faire un petite incursion dans la science et la technique : Le photovoltaïque (
conversion d'une énergie lumineuse en énergie électrique) a vraiment démarré à l'échelle mondiale dans les années 80. Actuellement, les japonais en sont les 1ers producteurs et les allemands les 1ers consommateurs.
A la base du développement de cette technique de production d'énergie renouvelable : le soleil bien sûr ! Et le silicium, un produit cristallin abondant dans la croûte terrestre. Un panneau qui utilise du silicium très pur a une durée de vie d'environ 30 ans et représente 90 % des ventes annuelles. On peut aussi faire des matériaux en couche mince de silicium. Mais s'il y a moins d'énergie consommée à la fabrication, le rendement est également moindre et la couche est susceptible de se dégrader davantage avec le temps. D'autres panneaux en couches minces intègrent des éléments comme le cuivre, l'indium et le sélénium : cela devient un matériau composite. Mais les produits sont plus rares, donc plus coûteux, par contre le temps de retour sur énergie sera également moins important.
Question qui a aiguillonné mes recherches : comment faire descendre le temps de retour sur énergie pour un produit donné ? (il est passé de 20 ans en 1980 à 2 ans en 2008).
Je vois 3 phases dans ma vie professionnelle, la dernière étant l'aboutissement logique des 2 premières :
En début de carrière, j'ai développé de nouveaux axes de recherche, construit des prototypes et des équipements associés dans le domaine photovoltaïque. L'objectif était de diminuer la consommation d'énergie nécessaire pour fabriquer de la cellule solaire en utilisant des techniques plus performantes. C'est la phase "clé à mollette et mains dans le cambouis" de la mise en forme. Les interactions et échanges avec les ateliers techniques pour le prototypage sont importants, car ils permettent d'affiner les travaux, de réaliser des matériaux fiables, grâce à un travail d'équipe.
Je me suis ensuite tourné vers l'Europe et les financements européens. J'ai coordonné 3 projets successifs pour promouvoir la réalisation à plus grande échelle de ces cellules photovoltaïques à faible budget thermique.
Enfin, pendant 4 ans, j'ai coordonné les actions dans le domaine photovoltaïque des laboratoires français, dans le cadre d'un programme "énergie" de l'organisme public de recherche qui m'emploie. Ici, il y a davantage de travail d'organisation pour mettre en place des synergies de chercheurs et d'industriels, trouver des financements...
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Marc
Je suis gérant d'une société de 7 personnes qui a 2 spécialités d'ingénierie du bâtiment : le calcul de structure, particulièrement pour les bâtiments complexes, et l'approche environnementale des bâtiments. Je participe directement à la production des études et des réflexions dans les 2 spécialités.
Les missions s'effectuent à 2 niveaux :
- assister le maître d'ouvrage (villes, communautés de communes, une région, un département ou des privés) en réalisant des études spécialisées pour fixer des objectifs à la maîtrise d'œuvre en fonction de ce que l'on veut construire.
- être une des composantes de la maîtrise d'œuvre : dans ce cas, le maître d'ouvrage a déjà fixé des objectifs et nous travaillons à leur réalisation avec les autres corps de métier. Ici aussi nous sommes également force de propositions.
Dans le domaine environnemental, il ne s'agit pas seulement de développer les nouveaux types d'énergie renouvelable : photovoltaïque, solaire... Mais grâce à une analyse fine du bâtiment, existant ou à construire, de prôner la sobriété énergétique. On tient compte des propriétés des matériaux, de l'orientation du bâtiment et de son ensoleillement, des bâtiments qui l'entourent… Le plus gros défi me semble tout de même de travailler avec les contraintes des bâtiments existants, lorsqu'on les aménage. Objectif à ne pas perdre de vue : consommer le moins d'énergie possible, pour un budget d'investissement donné.
Il y a des règles primordiales à respecter :
- la fonction 1ère du bâtiment, et ce à quoi il est destiné. L'énergie, l'acoustique, le confort, tout ceci est au service de cette fonction et fait partie intégrante de l'approche environnementale.
- l'insertion du bâtiment dans son environnement. Pour vous donner une idée, les premières des 14 cibles HQE (Haute Qualité Environnementale) à respecter sont les cibles d'écoconstruction : relations harmonieuses des bâtiments avec leur environnement, choix des procédés et matériaux de construction les plus respectueux possibles de l'environnement, chantiers à faible niveau de nuisance…
Il y en a également pour les énergies, notamment la réduction de la demande énergétique, le recours aux énergies renouvelables, l'efficacité des équipements…
En somme, un guide du bon usage de la construction en matière environnementale. |
Quel a été votre parcours ? |
Jean-Claude
Mathématiques Elémentaires (avant le bac C, qui est devenu S). Puis la faculté dont j'appréciais la liberté pour s'organiser et étudier. Avec un premier cycle de Math-physique en 2 ans, réussi en 1969.
J'avais déjà un intérêt pour l'énergie solaire : je voulais être architecte solaire. On parlait à l'époque d'énergie passive. Mais il y avait peu de possibilités. J'ai poursuivi en 2ème cycle une Maîtrise de Physique, puis en DEA au laboratoire de physique des rayonnements et de l'électricité nucléaire.
Une thèse en 3ème cycle en 1976, sur la détection des rayonnements nucléaires, à base de silicium. Puis je suis passé à la détection du rayonnement solaire. Mes tout premiers travaux présentés lors de la première conférence photovoltaïque européenne fin 1977 ont été remarqués. Cela m'a valu un poste en tant qu'ingénieur de recherche, dans le 1er programme interdisciplinaire de recherches et de développement de l'énergie solaire. J'ai passé une thèse d'Etat en 1982 afin d'être habilité à encadrer des étudiants en thèse et j'ai également occupé de 99 à 2005 le poste de directeur adjoint du laboratoire spécialisé avant son regroupement avec un laboratoire universitaire.
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Marc
Après un bac E en 1980 (Mathématiques et Technique), j'ai d'abord fait une année de faculté de Mathématiques. L'année a été assez perturbée par des événements. Au final, je me suis rendu compte que ce n'était pas mon truc.
J'ai choisi de bifurquer vers l'IUT Génie Civil. Peut-être l'influence familiale puisque mon père et mon grand-père étaient tous les deux dans le bâtiment. Je voulais faire une école d'ingénieur, mais à l'époque, les passerelles étaient difficiles. Alors pendant 3 ans, j'ai repris un DESTU en cours du soir. En même temps, j'ai travaillé 2 ans sur un chantier, puis effectué mon service militaire.
Et après, j'ai repris les études à temps plein : 3 ans à l'ENSAIS (devenu INSA) pour devenir ingénieur en Génie civil. Maintenant, avec cette création de société, j'aborde mon 6 ème emploi, en tant qu'ingénieur.
Dans l'intervalle, très sensible en tant que citoyen aux problèmes d'environnement, j'ai suivi en 1990, une formation complémentaire non diplômante. |
Quelles sont vos conditions de travail ? Les bons et mauvais cotés ? |
Jean-Claude
La recherche, ce n'est jamais un travail de routine. Il faut être curieux, à la pointe des innovations. Cela ne se fait pas sans passion. Et dans la recherche publique, il ne faut pas être carriériste d'abord. Il faut aussi savoir se mettre des objectifs réalisables à 80% : on doit en effet justifier l'utilisation des crédits demandés. Il faut toujours savoir ou on en est.
Parfois on tombe sur un os : une expérience ratée. Cet échec est formateur : il permet de se poser des questions qui font avancer, et qu'on ne se serait peut-être pas posé autrement. Ce qui m'intéresse également ici, c'est que l'on est en contact avec des jeunes, et c'est stimulant.
Autre activité enrichissante : la participation à des colloques nationaux et internationaux.
C'est un métier ou l'on est assez libre de ses heures de travail : je veux dire qu'il n'y a pas d'heures de bureau mais aussi quelques fois, pas d'heure, car il faut par exemple, terminer une expérience, un dossier... |
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Marc
Je suis souvent sur le terrain, en réunion de chantier ou de conception, je travaille sur plan au bureau, avec des outils de Conception Assistée par Ordinateur… En tout cas, le travail en équipe, est une composante majeure de notre activité.
Pour chaque futur chantier, on définit les cibles les plus importantes, et l'on essaie d'aller le plus loin possible, à la recherche d'une solution originale. C'est ce qui me passionne. Il y a beaucoup à défricher avant que les solutions deviennent de l'ingénierie classique.
Ce que j'aime un peu moins : un quotidien qui n'utiliserait que la restitution presque automatique de l'expérience. Mais finalement, les deux démarches se nourrissent.
De toute façon, chaque cas étant particulier, il faut être en perpétuel état de veille pour décider de l'opportunité de certaines solutions… |
Comment voyez vous l'avenir ? |
Jean-Claude
Je crois que l'on est bien parti, cette fois-ci ! Il y a une forte prise de conscience de la nécessité des énergies renouvelables et propres, assortie d'une volonté politique, de la présence de chercheurs et d'industriels qui se fédèrent. L'Europe espère 200 000 emplois d'ici 2020, pour arriver à 20% d'utilisation d'énergies renouvelables, tous moyens confondus.
Le secteur est donc en expansion et il y aura une demande en experts, concepteurs, fabricants, installateurs. |
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Marc
Mes projets vont de pair avec l'avenir de ma société. Je vois tellement de choses à faire que ma vie professionnelle n'y suffira pas ! Sans doute est-ce dû à mes engagements personnels. Je suis convaincu que chacun à son niveau doit faire quelque chose pour la survie de la planète. Il a fallu beaucoup travailler et convaincre les décideurs, pour que des projets environnementaux voient le jour. Je considère comme une chance de pouvoir faire évoluer les manières de faire dans la construction. |
Quels conseils donneriez-vous à un(e) jeune qui souhaiterait travailler dans les énergies renouvelables |
Jean-Claude
De manière générale, pour faire de la recherche : s'intéresser à son environnement, être curieux, poser continuellement des questions. Ne pas se contenter de subir, être en interrogation permanente.
Entreprendre des études solides, théoriques et pratiques, selon le niveau de compétence que l'on souhaite atteindre.
Apprendre à bien se repérer dans le domaine des énergies renouvelables, si l'on est intéressé. Exemple : connaissez-vous la différence entre photovoltaïque et thermique ?
Le solaire photovoltaïque demande la maîtrise de la physique, de la physique des solides, et de la mécanique quantique.
Au niveau des techniciens, dans ce domaine, on fait appel à des électriciens et des couvreurs pour poser les matériaux.
Le solaire thermique est basé sur les processus thermiques, la mécanique des fluides et la thermodynamique.
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Marc
Je crois qu'il faut une sensibilité, une passion pour s'impliquer dans ce secteur. Après, bien sûr, il faut acquérir un maximum de connaissances, puis de compétences. Ce qui est intéressant c'est que la réflexion et l'action contribuent à quelque chose d'important, de concret pour l'environnement : améliorer l'habitat existant, ou en créer un nouveau adapté aux besoins et aux possibilités énergétiques.
Etre curieux, très ouvert, tenace me semble important. La réflexion environnementale nécessite que l'on aille plus loin que des simples constats et des solutions "clés en main", que l'on améliore sans cesse le socle d'expériences réalisées. Ce métier ne se contente pas "d'automatismes", ou l'on refait perpétuellement ce qui a marché une fois, il faut une réflexion en mouvement.
Etre ingénieur de terrain, c'est d'abord de la réflexion appliquée dans un domaine spécifique. Et cette application peut remettre en cause les idées, ou les améliorer, proposer des angles de vues différentes, mieux les intégrer dans un contexte qui a son importance. |

En savoir plus sur les métiers de l'environnement et des énergies renouvelables
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Consulte les fiches métiers et les vidéos
sur le site de l'ONISEP.
Consulte la collection "fiches Métiers", n°2 : environnement, nature, assainissement nettoyage et n°10 : énergies.
Les numéros de la collection "Parcours" intitulés "Nature et environnement" et "énergies" .
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