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Qu'il travaille à l'hôpital ou en libéral, l'infirmier est souvent une infirmière (90% de femmes, 10% d'hommes) et a toujours la même motivation : aider ses patients et veiller sur leur bien-être.
Rencontre avec Elodie et Emmanuel.



Elodie a 24 ans, son diplôme d'infirmière en poche depuis l'année dernière, et exerce sa profession au CHU d'Hautepierre, dans le service de neurochirurgie. Emmanuel a 35 ans et exerce en libéral à Obernai depuis deux ans et demi.








En quoi consiste votre travail ?

Elodie

Je suis infirmière en service de neurochirurgie. C'est une spécialité chirurgicale qui touche au système nerveux, au cerveau et à la moëlle épinière.

Accueillir, écouter, expliquer, rassurer : l'apect relationnel du métier

Mon travail couvre plusieurs champs.
- en préopératoire, c'est à dire pour les patients qui arrivent et vont se faire opérer, l'infirmière s'occupe de l'information du patient. Elle l'accueille, l'installe, l'écoute, le rassure, lui explique le déroulement de l'opération, procède aux examens, aux prises de sang. C'est l'aspect relationnel du métier. L'administratif prend également pas mal de temps ! Les formalités sont nombreuses, surtout en chirurgie.

L'infirmière fait office de relais entre le patient et le médecin, qui reste seul décideur de tout traitement ou acte...

- en postopératoire, c'est à dire une fois que le patient a été opéré, nous le cherchons en salle de réveil. Puis commence la surveillance postopératoire selon une grille prédéfinie. (bilan sanguin, surveillance des constantes, pansement, sensibilité/mobilité des membres...) La prise en charge de la douleur, qu'elle soit physique ou morale, est primordiale. L'infirmière fait office de relais avec le médecin, lui fait part de la souffrance du patient, puis administre les soins et les traitements sur prescription du médecin. Tout traitement, examen ou acte médical est décidé par le médecin.

Le rôle de l'infirmière est de veiller au confort, à l'hygiène et au bien-être du patient, ainsi que d'observer l'évolution de son état. Faire les lits, la toilette des malades, être là au moment des repas, tout cela fait partie intégrante du quotidien d'une infirmière.

Emmanuel

Je suis infirmier libéral, cogérant d'un cabinet à Obernai avec deux associées. Je reçois des patients au cabinet, et je donne également des soins à domicile.

Nous avons deux types de patients :
- les patients chroniques qui souffrent d'une affection de longue durée et qui nécessitent des soins vitaux 2x/jour, 7j/7 (des personnes sous dialyse, certains diabétiques)
- les patients ponctuels qui ont besoin de faire changer leur pansement, d'une piqure, ou d'un nettoyage de plaie. Dans cette catégorie entrent aussi des patients ayant subi une chimiothérapie, ou encore des personnes fraîchement sorties de l'hôpital et qui nécessitent des soins. Les temps d'hospitalisation étant de plus en plus courts pour des raisons économiques, nous sommes souvent amenés à prendre le relais des équipes hospitalières.

L'indépendance n'exclut pas les collaborations avec les autres professionnels de la santé

A Obernai, nous sommes peu concernés par le "nursing", c'est à dire la toilette des personnes, car il existe un service de soins à domicile assuré par des aides soignantes. Cela nous décharge de ce type d'actes et nous permet de consacrer plus de temps à ce que nous qualifions d'"actes médicaux infirmiers" (AMI). Nous bénéficions également d'une excellente collaboration avec les autres professionnels de santé libéraux d'Obernai (kinés, médecins...).

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Quel a été votre parcours ?

Elodie

Après un Bac général Economique et Social, un an de fac d'économie et un an en Administration Economique et Sociale (AES), j'ai passé le concours d'entrée en école d'infirmière. J'avais toujours eu une attirance pour ce métier, même si ce n'était pas une vocation. Des amies me racontaient comment se déroulaient les cours, leurs stages... L'idée d'avoir son diplôme en alternance me séduisait.
En formation, les nombreux stages sont là pour confronter les futures infirmières aux réalités qui les attendent. On sait donc très vite si le métier convient ou pas.

"La nature du travail varie du tout au tout d'une spécialité à une autre "

Durant ces trois ans, les stages nous permettent de passer dans toutes les disciplines : psychiatrie, réanimation, pédiatrie, gériatrie, chirurgie... Ainsi, j'ai pu me faire une idée de chaque spécialité. La nature du travail y varie du tout au tout ! Des stages optionnels permettent aussi de découvrir la santé publique (dans une école maternelle, ou dans un foyer de SDF), ou les conditions de travail à l'étranger. J'ai pu faire un stage de 6 semaines dans un dispensaire au Sénégal.

A la fin de la formation, chacun démarche et postule dans les différents hôpitaux. On visite les services qui nous intéressent, on rencontre le personnel, puis on choisit selon les propositions qui nous sont faites. Heureusement, la formation propose des cours donnés par une directrice des ressources humaines pour nous préparer à ce démarchage.

"Pour trouver un emploi, nous démarchons différents services et choisissons parmi les propositions qui nous sont faites en retour."
 
Emmanuel

Par nature, j'ai toujours été avide de nouvelles experiences, j'ai donc fait beaucoup de choses avant d'en arriver là.


"Pour s'installer en libéral, la legislation impose un minimum de trois ans d'exercice en milieu hospitalier."

J'ai toujours été attiré par les soins et l'aide aux patients. J'envisageais d'ailleurs une carrière de médecin. Un accident de la route est venu contrarier ce projet, mais m'a permis de découvrir en tant que patient le métier d'infirmier. J'ai été reçu au concours d'entrée à un Institut de Formation aux Soins Infirmiers en 1992 .

Mon diplôme en poche, j'ai multiplié les missions en choisissant l'interim. Je suis passé par la réanimation, les urgences, et j'ai pu toucher aux aspects très techniques de ce travail. Puis, j'ai effectué 4 ans de service dans un centre d'hémodialyse. Et je suis passé cadre infirmier. Il s'agit d'une fonction d'encadrement, qui implique la gestion d'un service, d'une équipe et des aspects administratifs. Durant cette période j'ai été sollicité par un Institut de Formation aux Soins Infirmiers pour assurer une année d'enseignements.

Même si j'étais parti pour une carrière hospitalière prometteuse, mes nouvelles fonctions d'encadrement m'éloignaient du coeur de la profession : le soin. Lorsqu'une opportunité de rachat de cabinet s'est présentée près de chez moi, je n'ai donc pas hésité et me suis lancé en libéral avec deux associés. Cela fait 2 ans 1/2
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Quelles sont vos conditions de travail ? Les bons et mauvais cotés ?

Elodie


" ... Une vraie collaboration qui va de la femme de ménage au médecin."

C'est un vrai travail d'équipe au sens large du terme, une vraie collaboration qui va de la femme de ménage au médecin.
Les horaires peuvent apparaître comme une contrainte, mais nous y sommes habitués dès la formation, c'est donc un paramètre à prendre en compte. J'alterne les services de matin, d'après-midi et de nuit, je travaille un week-end sur deux. Nous sommes aux 35 heures, mais c'est une moyenne, les semaines sont variables. Bien sûr, ce n'est pas évident de concilier sa vie professionnelle et sa vie privée, je suis en décalage avec les gens qui ont des horaires plus classiques.
La charge de travail est usante pour les équipes. Le matériel n'est pas tout neuf, on manque de lits, de personnel... il faut également remplacer les collègues en arrêt maladie.

Du mouvement en permanence, pas de routine...

Côté points forts, c'est un métier qui permet d'être en mouvement en permanence, jamais statique. J'aime l'aspect relationnel avec les patients, il n'y a pas de routine, les patients et les collègues sont toujours différents. J'ai aussi une certaine liberté dans l'organisation de ma journée de travail.

 
Emmanuel
Bien que 90% des soins sont administrés à Obernai même, nous effectuons parfois jusqu'à 120km par jour. Il ne faut pas être allergique à la voiture...

"Allergique à la voiture s'abstenir ! Parfois jusqu'à 120km par jour..."

Avec mes deux associés, nous avons établi un roulement sur trois semaines : je travaille une semaine à hauteur d'une cinquantaine d'heures, la semaine suivante, j'assure la permanence sur 7 jours, ce qui m'amène à 70-80 heures sur le terrain, et la troisième semaine, repos. Mais je profite également de cette semaine pour "éponger un peu de paperasse". C'est une contrainte non négligeable du statut de libéral. Ces horaires peuvent sembler lourds et contraignants, mais étant à mon compte, une grosse journée signifie beaucoup de patients, donc de bons revenus. Lorsqu'on est son propre patron, la relation au travail n'est pas la même que lorsqu'on est salarié. On regarde à deux fois avant de tomber malade, et on est content de pouvoir compter sur son conjoint quand un des enfants est souffrant...

Ce que j'apprécie le plus, c'est mon autonomie, mon indépendance, l'absence de hierarchie et ma liberté d'organisation dans le travail.
Dans la même journée, je soigne des patients d'un milieu très rural, d'autres issus de la population aisée, en passant par ceux des cités HLM. Cette variété des contacts est extremement enrichissante.

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Comment voyez vous l'avenir ?

Elodie

Je suis jeune diplômée, cela ne fait qu'un an, et je viens d'arriver dans mon service, donc je m'y vois encore quelques temps, il me reste beaucoup de choses à découvrir ! Mais je pense voir d'autres spécialités à terme. Cette possibilité de mobilité entre les différents services est une grande richesse du métier qu'il faut exploiter !
 
Emmanuel
Mon installation étant récente et très épanouissante, je n'ai pas de projet de changement à court ou moyen terme. Mais je me connais, je ne ferai pas ça jusqu'à la retraite. J'aviserai lorsque des opportunités se présenteront.

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Quels conseils donneriez-vous aux futur(e)s infirmier(e)s ?

Elodie

Un certain équilibre et un bon mental pour tenir le coup

Il faut apprécier le travail en équipe. Il faut aussi avoir les pieds sur terre et un certain équilibre, un bon mental. On voit parfois des choses difficiles, je suis confrontée à la maladie, à la mort, au deuil, mais il y a aussi des moments forts et positifs, la guérison des patients...

Il faut faire preuve d'une grande capacité d'adaptation, les techniques et le matériel évoluent et il faut suivre le rythme, se remettre en question...

La rigueur et l'organisation sont également des qualités indispensables.
 
Emmanuel
Il faut aimer son métier. L'appât du gain n'est pas une motivation suffisante : même si il est vrai que les revenus sont plus importants que pour un infirmier salarié, la charge de travail est plus conséquente et le degré de responsabilités élevé. Il faut être polyvalent et débrouillard car on intervient seul, contrairement à une équipe hospitalière qui peut toujours demander l'avis du médecin.

Prendre de la bouteille avant de se lancer en libéral...

C'est pour cela que je conseille aux infirmiers qui veulent se lancer en libéral d'avoir pas mal d'experiences dans différents services. A mon avis, il faut compter une dizaine d'années pour être au point.

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En savoir plus sur le métier


Consulte la fiche métier "Infirmière" sur le site de l'ONISEP.
Consulte le numéro de la collection Parcours intitulé "Les métiers du para médical et des soins ", publiée par l'ONISEP.


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