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Établir un programme d'alimentation adapté au mode de vie, aux goûts et aux pathologies éventuelles de chaque personne, telle est la mission du diététicien. Rencontre avec Corinne et Julia.
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En quoi consiste votre travail ? |
Corinne
J'exerce dans un hôpital d'environ 1600 lits. Les séjours des patients vont de une journée à plusieurs années, dans le cas de la maison de retraite de 80 lits.
Mes activités-clé :
- dépister la dénutrition et la malnutrition. Un bon état nutritionnel est primordial et conditionne l'efficacité du traitement suivi par le patient.
- prévenir les carences alimentaires ou les erreurs de nutrition par l'éducation nutritionnelle. L'objectif est d'autonomiser le patient dans la vie de tous les jours, et de faciliter sa prise en charge au-delà de l'hospitalisation. C'est particulièrement le cas pour les patients diabétiques. Nous sommes 10 diététiciennes et je suis particulièrement en charge des services d'oncologie, soins palliatifs, et diabétologie.
Pour chaque service, il y a des approches différentes liées à la pathologie, aux effets secondaires des traitements, à l'état du patient au jour le jour.
Je n'ai pas vraiment de journée-type. Le temps passé avec chaque patient est variable et dépend de plusieurs facteurs. D'où la nécessité d'être à l'écoute. Il faut s'adapter et dans ce domaine, il est difficile d'anticiper.
Il y a des activités incontournables et programmées. Tous les jours, je vais voir les patients et j'assure le suivi du plateau-repas. Il faut donner des consignes pour ce suivi et notre interlocuteur dans ce domaine est le personnel de cuisine. Nous assurons d'ailleurs un temps de présence en cuisine par roulement. Nous avons ainsi une vision globale de la nutrition, car dans nos conseils diététiques, nous tenons compte aussi bien des aspects économiques qu'organisationnels.
Je vois aussi des patients dans le cadre de l'hôpital de jour. Par exemple, je peux dispenser une consultation diététique, lorsqu'ils viennent pour ½ journée, avec des rendez-vous médicaux à la clé.
Je donne également des cours à l'IFSI, à l'école d'aide-soignante, et on me sollicite en tant que jury. Cela permet de participer à la formation des futurs personnels médico-sociaux et des futurs diplômés du métier.
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Julia
A la Maison de convalescence, j'élabore les menus – en accord avec le cuisinier - et fait appliquer les régimes commandés par des pathologies variées. Le repas ne sera pas le même, pour un opéré de l'estomac ou du colon, un cancer ORL, un diabétique ….
Pendant les trois semaines de convalescence, j'incite également les patients à intégrer de nouvelles pratiques alimentaires, qui seront absolument nécessaires dans leur nouvelle vie. Enfin, depuis qu'une infirmière hygiéniste a pris le relais, j'ai un peu lâché les procédures HACCP* d'hygiène (Hazard Analysis Critical Control Point : système d'analyse des dangers / points critiques pour leur maîtrise. (maîtrise de la sécurité sanitaire des denrées alimentaires)) : hygiène des aliments, du personnel, des locaux …
Petit à petit, mes bilans annuels étant positifs, mon contrat est passé de 10 heures/semaine à 26 heures/semaine.
Pour la partie libérale de ma vie professionnelle, j'effectue, depuis 2006, des consultations à domicile et des formations. Je me suis spécialisée dans l'alimentation des personnes âgées, ou les demandes vont croissant : maisons de retraite, entreprises de portage de repas, associations d'aide à domicile. Un constat : les apports journaliers sont souvent carencés. Il faut former les cuisiniers et les aidants, informer les personnes âgées, dont les besoins évoluent selon l'âge et les pathologies chroniques ou occasionnelles développées.
Je touche un peu aussi la petite enfance, ou avec des messages ludiques …. Les parents sont finalement concernés !
Mon activité libérale représente actuellement 25% de mon emploi du temps.
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Quel a été votre parcours ? |
Corinne
Après un bac D (Sciences, option Biologie) en 1978, j'ai réussi le BTS de diététique en 1980. Au début, je souhaitais principalement m'occuper de prévention nutritionnelle pour les jeunes. Mais les postes étaient rares. J'ai fait plusieurs remplacements dans des services hospitaliers, ce qui m'a permis de déposer mon CV.
Pendant, 6 mois j'ai exercé en LP comme maîtresse-auxiliaire auprès d'élèves en formation d'employés techniques de collectivités. J'en ai retenu une bonne connaissance de la formation des personnels de cuisine. Finalement les remplacements effectués m'ont permis d'obtenir un poste à l'hôpital, en 1982 puis une titularisation.
De 1985 à 1988, j'ai également suivi, une formation continue sanctionnée par un Diplôme d'Université de diététique à Nancy. Remettre le pied à l'étrier avec des devoirs à faire le soir, mais aussi des rencontres avec des collègues de toute la France fut une expérience fructueuse. |
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Julia
Un BTS diététique au Lycée Rostand en 1995, puis une formation complémentaire (FCIL) - qui n'existe plus actuellement - poursuivie au Lycée Hôtelier d'Illkirch.
Au programme : gestion nutritionnelle, restauration et gastronomie. J'ai même passé des diplômes de restauration. Avec du recul, la pratique de la cuisine et la connaissance des techniques de restauration et de gestion, c'est important pour bien exercer le métier.
Finalement, aucun regret d'avoir bifurqué après mon Bac F7 (devenu Bac STL). Un stage dans l'année a mis le doigt sur ce qui était primordial pour moi : les contacts humains. En diététique, je les ai trouvés.
J'ai enchaîné par la suite des contrats simultanés et à temps partiels, et des remplacements : un CDD de 4 mois à l'Hôpital de Hautepierre dans plusieurs services (chirurgie digestive, réanimation, pédiatrie …), un CDI au Diaconat de Colmar (de 1996 à 1998), un passage comme hôtesse Sodexho (prise de commandes repas auprès de patients), des remplacements à la clinique Saint Joseph à Colmar, puis à Rouffach, en unité de recherche auprès d'un organisme testant des médicaments (protocoles d'alimentation à mettre en place ).
Il y avait bien des créations de poste, mais rarement à temps plein. C'est un élément de notre profession qu'il fait savoir intégrer, même si le contexte d'emploi a évolué.
A force de créativité et de persévérance, j'ai réussi à me stabiliser sur deux postes. L'un en Centre de convalescence, l'autre à l'Hôpital de Pfastatt. J'aurais presque pu obtenir deux temps pleins ! Finalement, j'en ai gardé un seul des deux. Et j'ai commencé à développer une activité en libéral.
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Quelles sont vos conditions de travail ? Les bons et mauvais cotés ? |
Corinne
Deux constats :
Contrairement aux autres professions paramédicales, au sein d'un établissement hospitalier, les personnes qui exercent le métier sont peu nombreuses. Alors, pour avoir "du poids" en équipe pluridisciplinaire, il faut avoir une personnalité affirmée.
De plus les résultats de l'éducation nutritionnelle ne se mesurent pas à court terme, de sorte qu'une consultation de diététique qui dure en moyenne une heure est moins valorisée qu'un acte technique.
L'intérêt, c'est que la nutrition est une science en constante évolution et qu'on ne peut pas vivre sur ses acquis. Pensez que ce que j'ai appris en 1980 est en bonne partie obsolète ! Cela donne la mesure du besoin de renouvellement des connaissances. Alors il faut s'informer et se former en permanence, par le biais de la formation continue, de congrès, d'abonnements à des revues spécialisées … et se spécialiser.
Car chaque exercice de la profession auprès d'un public différent est une autre spécialisation. En tout cas, le travail en hôpital permet d'avoir une vision enrichissante, parce que globale, de la nutrition : économique, hygiénique, thérapeutique puisque nous intervenons à tous ces niveaux.
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Julia
Toutes ces allées et venues, cela m'a permis de découvrir beaucoup d'aspects du métier et de développer un bonne capacité d'adaptation à différents environnements, publics et problématiques. Mais bien sûr, il faut déployer des trésors d'organisation, car les organismes employeurs ne sont pas forcément proches les uns des autres. Et cela occasionne… des frais de déplacement.
Cela demande de la persévérance pour se faire connaître, parce que la nutrition est un domaine que beaucoup croient connaître. Le consommateur moyen ne fait pas la différence et opte pour des régimes qui font des dégâts. Donc, je vois cela comme un terrain sensible. D'autant plus qu'il touche au mode de vie intime des personnes.
Voila qui devient gratifiant, si l'on réussit à faire évoluer les mentalités et les usages. Mon cheminement m'a permis de me trouver devant des publics variés, mais cela m'a demandé de devenir plus performante et compétente pour tous, et je créé des outils pédagogiques pour eux.
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Comment voyez vous l'avenir ? |
Corinne
Le PNNS (programme national nutrition-santé) qui sensibilise à l'éducation alimentaire a été largement diffusé et la discipline commence à être connue et reconnue.
En 1980, quand on demandait à des élèves, ce qu'évoquait pour eux la diététique, ils répondaient "régime". Maintenant interrogés à la "Journée des Carrières" ils répondent "équilibre alimentaire". Ils ne parlent donc plus de restriction, mais de mieux manger, ce qui est un progrès considérable. Pour autant, le message d'une alimentation saine et équilibrée est toujours à faire passer auprès de tous les publics. |
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Julia
Je vais développer davantage la partie libérale de mon activité.
Cette profession a beaucoup évolué depuis une dizaine d'années. Elle a changé de Ministère de tutelle (de l'Agriculture à la Santé). Elle est davantage représentée dans les hôpitaux, collectivités, mutuelles, en moindre mesure, en entreprise agro-alimentaire et en dernier, en libéral.
C'est une profession jeune, devenue une profession paramédicale depuis janvier 2007. Et les titulaires du diplôme doivent le faire enregistrer auprès de la DDASS. Il y a un travail de fond à faire, avec la population, notamment à travers le PNNS dont les objectifs sont dressés jusqu'en 2011 (ex : manger moins gras, avoir une activité physique, manger 5 fruits et légumes par jour…)
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Quels conseils donneriez-vous aux futur(e)s diététicien(ne)s ? |
Corinne
C'est un métier ou le sens relationnel est primordial : nos interlocuteurs privilégiés en milieu hospitalier, ce sont les patients, les médecins, les cuisiniers, l'équipe de soins …
Ce sens relationnel s'exerce particulièrement dans le travail en équipe : les réunions hebdomadaires pluridisciplinaires de suivi de patients permettent d'échanger des informations utiles à tous. La diététicienne, en y participant, rentre dans la stratégie de soins.
Quelque soit le lieu d'exercice, il faut savoir s'adapter, être souple, ouvert et réactif. Tenace aussi, car c'est un travail de longue haleine qui demande d'être à l'écoute du patient, mais aussi … de savoir se faire écouter et prendre en compte. Et bien sûr, montrer un intérêt certain pour la nutrition. |
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Julia
D'abord, je crois qu'il faut aimer les "aspects culinaires" du métier, et pas seulement les aspects physico-chimiques. Attention, si vous êtes plutôt obnubilée par la minceur ce métier n'est pas pour vous ! C'est un métier qui demande d'être motivée par les contacts humains, d'aller même au devant du public ou des collègues de travail, pour se faire connaître.
Une fois le diplôme réussi, il ne faut pas désespérer si on ne trouve par tout de suite un CDI à temps plein. Il y a beaucoup de temps partiels dans le métier. Alors, l'entrée dans la profession n'est pas toujours facile.
En tout cas, on peut apprécier la diversité des secteurs d'application. En avoir un aperçu, puis les connaître par la pratique quotidienne, permet de faire des choix : soins palliatifs, lieux de cure, biberonnerie, gériatrie, jeunes en difficulté ou non … |
Les ressources pour en savoir plus sur ce métier
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- Consulte la fiche métier "Diététicien(ne)" sur le site de l'ONISEP.
- Consulte les numéros de la collection Parcours intitulés "Les métiers du paramédical et des soins" et "Beauté, bien-être et esthétique", publiée par l'ONISEP.
- Tu peux aussi consulter "Le Dico des Métiers"
- Un site :
www.adlf.org (site de l'Association des Diététiciens de Langue française)
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