 |
 |
 |
Ce mois-ci ->
Archives -> |
|
 |
|
 |
|
 |
|
 |
 |
|
|
| |
Tu es ici : > > Travailler dans la conservation du patrimoine |
 |
 |
| |
Deux aspects de la conservation du patrimoine expliqués par Anne et Clara.
Une documentaliste audiovisuelle de l'INA (Institut National de l'Audiovisuel) et une archiviste travaillant aux archives départementales nous expliquent leur façon de conserver notre patrimione...
 |
En quoi consiste votre travail ? |
Anne
La Délégation Régionale traite, conserve, diffuse les productions télévisuelles des antennes régionales publiques d'Alsace de Lorraine et de Champagne-Ardenne. Les archives radiophoniques sont également conservées.
La diffusion s'effectue en direction du réseau des télévisions publiques, mais aussi de tout demandeur qui souhaitera acquérir un document. Il y a là un aspect juridique et commercial, puisque nous vendons des extraits de programmes et ce, bien sûr, dans le respect de la législation audiovisuelle sur les droits d'auteurs qui est complexe.
Mais sans valorisation et description du fonds, pas d'activités de recherche et de diffusion ! Prioritairement, il a fallu cataloguer les images anciennes. Les premières remontent à 1954, date d'apparition de la télévision publique à Strasbourg.
Les documents papiers (conducteurs d'antennes et registres), tenus quotidiennement par les différentes unités de production télévisuelles, servent au catalogage sur logiciel et à l'inventaire physique de tous ces supports. Pensez que nous conservons 100 000 boîtes de documents de formats variés : 16mm, vidéo 1 pouce, 2 pouces, ¾ de pouces, format BVU et UMatic, formats Beta SP ou SX ! Qui dit conservation dit aussi lecture et donc appareils compatibles, et spécialiste pour s'en occuper.
Depuis 1999, un plan de sauvegarde et de numérisation, permet la conservation des anciens supports sous plusieurs formats numériques. Mais il faut aussi garder les originaux, car le recul n'est pas assez important pour juger des possibilités de conservation des supports numériques. La sauvegarde s'effectue à Paris. Ici, je trie avec le technicien restaurateur en fonction de plusieurs critères de priorité : techniques, contenu, acteurs…
540 000 notices descriptives constituent la base documentaire de tout ce fonds audiovisuel. Pour l'instant, l'indexation (c'est-à-dire la représentation du contenu d'un document par des termes permettant de faire une recherche documentaire thématique) est faite uniquement sur les thèmes les plus souvent demandés, ou ceux que nous choisissons de mettre en valeur.
Actuellement pour les documents récents, l'information numérisée est récupérée à la source de production. A terme, les supports seront dématérialisés, comme cela se fait déjà pour certaines antennes de télévision et de radio.
|
 |
Clara
Mon rôle est d'assurer le suivi de gestion et la collecte des archives des administrations d'Etat, versées aux Archives Départementales. Les services d'archives départementaux collectent tous les documents produits par les personnes et les organismes, dans le cadre de leurs activités. Les fonds proviennent des administrations de l'Etat et territoriales, des études notariales, et des entreprises publiques. Il y a aussi des archives audiovisuelles, provenant de fonds privés ou même publics.
Je conseille les services d'archives des administrations pour la mise en place d'un tableau de gestion des versements et pour la gestion de leurs archives intermédiaires : comment classer, pourquoi, quelle est la durée de conservation, l'intérêt historique et administratif de tel ou tel document. Les documents sélectionnés doivent être le reflet des activités passées, et être utiles aux administrateurs, chercheurs, particuliers … Sur les documents qui ne sont pas retenus lors du versement du fonds, j'appose un visa permettant leur destruction.
J'accompagne donc le travail de gestion archivistique en amont, jusqu'au versement aux Archives Départementales. Mais pour l'instant, l'activité de collecte est suspendue, pour cause de futur déménagement route du Rhin !
Je suis aussi sollicitée dans le cadre plus général du classement des fonds. J'accompagne le personnel technique chargé de ce travail et de la rédaction des instruments de recherche. Je suis également concernée par la conservation préventive : pour disposer de documents dans le meilleur état possible, leur conditionnement doit tenir compte du degré d'hygrométrie, de la température des lieux, du climat… Dès lors que les documents sont abîmés, leur sauvegarde est du ressort des restaurateurs.
Enfin, je fais une permanence hebdomadaire en salle de lecture. Là je suis en contact avec des particuliers (chercheurs, généalogistes amateurs ou professionnels …), ou des administrations qui souhaitent consulter les fonds versés. Je recherche, conseille et communique les documents, dans des conditions bien précises. Il n'y a pas de prêt - sauf administration d'origine du document - et la communication sur place se fait dans le cadre des délais légaux de communicabilité, variables selon le type de documents. |
Quel a été votre parcours ? |
Anne
J'aurais pu faire un Bac S... J'ai dû insister pour passer en 1990, un Bac B (devenu le bac ES). Il y avait des maths, du français, de l'économie, des coefficients élevés partout… Et beaucoup de matières qui m'intéressaient. Je le trouvais moins réducteur qu'un bac littéraire ou scientifique. Ensuite, comme j'étais bonne en maths et que j'aimais l'économie, les enseignants m'ont suggéré l'inscription en sciences économiques à l'ULP. Mais là, déception ! Il y avait beaucoup d'analyses mathématiques et de formules. Cela ne correspondait pas à ce que j'attendais.
Après un an de formation, j'ai revu mon orientation en m'inscrivant au DUT des Métiers du Livre de Nancy (bibliothèque, librairie, édition). Ensuite, j'ai choisi de préparer les concours des bibliothèques. Mais aucun n'était prévu à ma sortie de l'IUT. J'ai préféré approfondir ma formation. J'ai rejoins la Faculté de Paris X (Nanterre), en optant pour la licence information/communication/documentation. Au cours de cette formation j'ai rencontré des personnes qui travaillaient dans l'audiovisuel.
En 1994, on était au début de l'internet. Le mot archivage électronique commençait à avoir un sens grâce aux vidéodisques, et les premiers cédéroms voyaient le jour. J'ai réalisé mon stage à la bibliothèque de la Maison de la Radio. A tout hasard, j'ai déposé une candidature spontanée auprès du service du personnel de l'INA. J'ai continué avec une maîtrise en information-communication, et rédigé un mémoire sur la valeur informationnelle de l'image.
Juste à ce moment là, un concours de documentalistes a été ouvert à l'INA pour un poste à Paris. J'ai ainsi exercé 4 ans à la vidéothèque des Actualités. Nos interlocuteurs privilégiés : les journalistes des Journaux télévisés, des magazines d'information ou sportifs pour qui nous analysions, indexions, recherchions des images récentes ou anciennes pertinentes. Puis j'ai postulé pour le poste qui s'est libéré à Strasbourg en 1999 |
|
Clara
J'ai découvert le métier d'archiviste au collège, grâce à une visite en CIO. Un professeur d'histoire m'a incité à rentrer en classe préparatoire à Fustel de Coulanges, après un bac ES en 1996. Malheureusement, j'ai raté le concours de l'Ecole des Chartes, Je ne voulais pas redoubler, ni entreprendre des études d'histoire. C'était les archives qui m'intéressaient. J'ai choisi, pour des raisons personnelles, de poursuivre par une licence et une maîtrise d'Archivistique à Angers.
J'ai ensuite assuré des vacations comme archiviste dans les communes de Loire-Atlantique et du Maine-et-Loire. En désengorgeant les locaux d'archivage, nous procédions aux éliminations réglementaires et préparions les versements aux Archives Départementales. Cela m'a décidée pour les Archives publiques plutôt que pour les Archives privées. J'ai ensuite poursuivi par un DESS d'Archivistique.
Puis j'ai rejoint l'équipe d'archivistes intercommunaux du Maine et Loire. Pendant deux ans, nous avons circulé dans les communes qui en faisaient la demande, de façon à mettre en place les opérations d'archivage, en amont. Parallèlement, j'ai réussi le concours d'Attaché de Conservation du Patrimoine de la fonction publique territoriale.
J'ai acquis une expérience professionnelle d'un an dans le Maine-et-Loire, comme contractuelle.
Puis j'ai finalement postulé comme chargée des Archives contemporaines aux Archives Départementales du Bas-Rhin.
Ici, nous sommes 9 archivistes de métier. Les Chartistes (diplômés de l'école des Chartes), dont la formation donne une vue d'ensemble sur les missions, occupent les postes de responsable de services d'archives. Les archivistes issus de formations universitaires encadrent des secteurs thématiques. Ils peuvent également être responsables de services d'archives communaux. |
Quelles sont vos conditions de travail ? Les bons et mauvais cotés ? |
Anne
Ce qui est intéressant c'est que nous sommes très sollicités : il faut donc être réactif devant les demandes qui arrivent. Cela peut nous faire "speeder" quelques fois, par exemple pour une émission le lendemain, ou les éditions du journal télévisé du jour.
On est aussi force de proposition pour mettre en valeur telle ou telle partie du fond.
Dans les deux cas, il faut faire preuve d'ouverture d'esprit. Le plus difficile peut-être, du fait que nous sommes une très petite équipe, c'est une forte polyvalence, qui induit une dispersion, mais dans certains cas, une plus grande richesse professionnelle. |
|
Clara
Etant en début de carrière et ayant choisi ce métier, je ne vois que des éléments positifs : j'aime bien les contacts, la possibilité de mieux connaître par ma spécialisation, les structures de l'administration française, d'exercer et de développer des connaissances en droit. Et aussi, la possibilité de transmettre aux usagers des conseils sur la gestion de leurs archives afin de préparer en amont la collecte de la mémoire de demain. |
Comment voyez vous l'avenir ? |
Anne
Depuis la numérisation, le métier a beaucoup évolué. Auparavant, nous indexions les productions séquence par séquence, avec un texte descriptif très détaillé. Cela nous permettait de retrouver les images avec la base de données, avant d'accéder au support numérique, pour le visionner.
Maintenant, l'accès aux images numérisés se fait directement sur notre poste de travail, grâce aux techniques de visualisation rapide, un peu comme sur une "planche contact" pour les photographies.
Ce métier peut s'exercer à la télévision, dans les radios, les musées pour la constitution des catalogues d'exposition, les services d'archives, les grandes entreprises avec un service audiovisuel, les sociétés de production ou l'on parle de "recherchiste", les photothèques, maisons d'édition, agences de presse |
|
Clara
Rien que pour le département, il y a 1000 services potentiellement versants : imaginez ce que cela peut représenter comme activité ! J'ai vu récemment que plusieurs nouvelles formations ont été créées : cela présage t'il de futurs recrutements pour les services de l'Etat et les collectivités territoriales ? Je ne sais pas. Bien sûr, il ne faut pas oublier les services d'archives des grandes entreprises, des associations, et les sociétés privées spécialisées dans l'archivage.
Ceci étant, les débuts sont souvent difficiles pour des archivistes issus des formations universitaires. Il n'est pas rare que les premiers contrats soient des CDD, en attendant soit un concours, soit une place dans une entreprise privée.
A terme, il faudra aussi penser à la place des archives électroniques, question qui reste difficile à traiter à cause des problèmes de pérennité des formats. |
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaiteraient exercer vos métiers ? |
Anne
Montrer une ouverture et une curiosité d'esprit, et avoir le sens du contact et du dialogue. C'est utile pour pouvoir ensuite développer une écoute active et rigoureuse et aider les consultants à formuler et canaliser leurs demandes
Il faut aussi savoir gérer les priorités, car il a un flot d'informations ininterrompu à organiser. Faut-il également préciser qu'il est bon d'aimer l'audiovisuel et de bien savoir maîtriser les outils et les techniques documentaires ? |
|
Clara
Il s'agit d'un métier qui exige beaucoup de rigueur, d'autonomie et de pugnacité, notamment dans le cadre des missions précédent la collecte. Il est préférable d'y associer des études d'histoire, et c'est ce que proposent en général les formations en archivistique. Elles donnent un cadre général au métier que nous exerçons, puisque la préservation du patrimoine s'inscrit obligatoirement dans une dimension historique. |

En savoir plus sur les métiers
Archiviste
Consulte le clip métier dans la rubrique "les métiers en image" sur le site de l'ONISEP.
Consulte le numéro de la collection Parcours intitulé "Les métiers du patrimoine" ainsi que le numéro de la collection Infosup intitulé "Histoire : études et débouchés", (ONISEP).
Documentaliste audiovisuel, iconographe, recherchiste
Consulte les numéros de la collection Parcours intitulé "Journalisme, communication, documentation","Livre et bande dessinée","Radio et télévision"
|
 |
|
| |
|
|