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Tu es ici : > > Travailler dans la conservation du patrimoine |
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Comprendre l'histoire en étudiant les vestiges du passé et l'évolution de l'environnement naturel, les missions respectives de l'archéologue et du paléoécologue.
Philippe, 52 ans, est géologue spécialisé en sédimentologie et paléoécologie à l'Ecole et Observatoire des Sciences de la Terre (EOST) de l'Université Louis Pasteur de Strasbourg.
Cécile, 37 ans, est archéologue et responsable d'opération en archéologie préventive à l'INRAP, l'Institut National de Recherches Archéologiques Préventives.
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En quoi consiste votre travail ? |
Philippe
Enseignant-chercheur à l'université, mon temps est partagé entre ces deux activités.
J'enseigne 200 heures par an. L'enseignement se fait sous la forme de cours et de Travaux dirigés, une partie s'effectuant directement sur le terrain.
L'études des strates et des roches sédimentaires actuelles et anciennes : plages marines ou lacustres, déserts et dunes, fleuves et rivières et toute la faune associée à ces milieux, est mon domaine de prédilection. Pour les enseignements de terrain, j'emmène mes étudiants (futurs géologues, ingénieurs géophysiciens, ingénieurs en environnement), dans les Vosges, les Alpes, et sur le littoral de la Manche. Je reviens tout juste d'un voyage avec eux, en Bretagne et en Normandie. Nous y avons étudié la géologie littorale : les falaises des Vaches Noires, celles d'Etretat, le littoral sableux de Coutances et de Créances, l'ensablement de la baie du Mont-Saint-Michel. C'est un laboratoire naturel, idéal pour étudier et comprendre les roches sédimentaires anciennes.
Le deuxième volet de mon activité, c'est la recherche. En voici un exemple. Il y a 10 ans, nous sommes partis au Tchad, à la recherche d'hominidés anciens. En tant que géologue spécialisé en sédimentologie et paléoécologie, j'ai travaillé plus particulièrement sur la relation entre les fossiles trouvés et leur milieu de vie. Dans ce type de recherche, la connaissance du paléoclimat est nécessaire. Le sol sec et aride du désert tchadien a permis la conservation parfaite de milliers de fossiles. Nous avons trouvé ce que nous avons identifié après une dizaine d'années de recherche comme étant des nids de termites fossiles. L'interprétation de ces nids termites n'a pu se faire que grâce à une collaboration étroite avec des entomologistes. Et avec près de 8 mois de terrain, à raison de pratiquement un mois par an, soit 10 ans de travail. On sait aujourd'hui qu'il s'agit du plus beau et plus vaste gisement de nids de termites fossiles au monde.
Nous avons également pu mettre en évidence la plus vieille trace d'association entre termites et champignons, par la découverte de nids de termites champignonistes, et, notamment de la "fameuse" meule à champignons, fabriquée par les termites.
Ceci se passait entre 3 et 7 Millions d'années. L'essence même de la recherche, c'est que nous travaillons sur des données qui ne sont pas encore dans les livres...
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Cécile
Imaginez un nouveau chantier autoroutier, un futur tracé de voie ferrée, une extension de lotissement, le creusement d'un parking souterrain...
N'y a-t-il pas là des traces intéressantes d'une occupation passée ?
Avant la réalisation des aménagements, j'interviens avec une équipe de l'INRAP pour dresser un diagnostic archéologique et, si nécessaire, fouiller le site.
Nous sondons le terrain, sur 7 à 10% de sa superficie, en creusant des tranchées de 10 à 15 mètres de long et 30 cm à 1m50 de profondeur, jusqu'au sol naturel à l'aide d'une grosse pelle mécanique.
L'objectif est d'évaluer la densité des vestiges (structures) et du mobilier archéologique (céramiques, objets en métal, restes d'ossement d'animaux …..), avancer une datation afin de donner les éléments nécessaires pour préparer une fouille. Si les sondages révèlent la présence d'un site, la procédure de fouille est déclanchée. Il me faut auparavant rédiger un rapport détaillé avec l'aide des différents membres de l'équipe : le géomètre, le dessinateur DAO (Dessin Assisté par Ordinateur), la géomorphologue.
L'équipe intervient dans un temps déterminé, en fonction de l'importance des vestiges, pour fouiller les structures (puits, fosses, tombes, restes de murs, fond de cabanes) ou bien des accumulations de couches d'occupations humaines (en ville surtout). Un relevé sur papier millimétré, des photos et une analyse minutieuse sont réalisés dans le même temps afin de comprendre ce qui s'est passé, la fonction de ces structures. Le but de l'archéologie étant bien de reconstituer le passé grâce aux vestiges enfouis. Dans de rares cas, le site est préservé sous la forme d'un petit musée de site.
Sur le chantier, par tous les temps (sauf trop fortes intempéries) j'assure la gestion scientifique, les choix dans la manière de fouiller, et le suivi de la vie de l'équipe. Si des périodes différentes sont représentées, des spécialistes de l'époque considérée sont sollicités.
Le travail sur site est suivi par le traitement du mobilier trouvé (lavage, recollage des vases, étude). Après étude, toutes les trouvailles seront conservées au dépôt de fouilles régional ou dévolues au musée le plus proche du site, s'il est intéressé.
La mise à jour et l'identification de tous ces éléments n'est qu'une partie de mon travail. Il faut ensuite replacer le site dans son contexte local, régional, national par des comparaisons avec d'autres sites. Tout ce travail constituera le rapport de fouille. Les résultats pourront ensuite être publiés dans des revues régionales, nationales, étrangères ou internationales.
C'est l'ensemble de ces activités qui redonnera vie au site et aux personnes qui y ont vécu. |
Quel a été votre parcours ? |
Philippe
D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours ramassé des pierres et des fossiles. Je partais à la chasse aux cailloux avec ma bicyclette et une caisse en bois sur le porte bagage… J'avais monté chez moi, une petite collection de minéraux de la région.
J'ai fait un bac D' (dominante agronomie) en lycée agricole en 1974. Puis j'ai entrepris un DEUG de Biologie-Géologie et une licence de Géologie à l'ULP.
C'est un parcours classique, suivi d'une maîtrise, puis d'un Diplôme d'Etudes Approfondies (devenu master). J'ai soutenu une thèse au bout de 3 ans, en géologie sédimentaire en Alsace. Puis une 2ème thèse de Doctorat d'Etat, pour obtenir le titre de Docteur es Sciences en Géologie.
J'ai eu la chance d'obtenir un poste à l'Université en 1982. Depuis, j'ai beaucoup voyagé pour mon travail. En Afrique : Maroc, Algérie, Tunisie, Sénégal, Mauritanie, Gabon, Tchad …, en Asie : Vietnam, Laos, Cambodge.
En fait, il faut préciser que je ne suis pas paléontologue mais géologue spécialisé en paléoécologie. Le paléontologue a une formation plus importante en zoologie et sciences de la vie. Il étudie les squelettes actuels, avant de travailler sur les fossiles.
Pour ma part, je redessine, à partir des vestiges, traces, matériaux trouvés, l'environnement et le milieu de vie des animaux ou hominidés. Un travail de détective du passé, qui décode les indices dans les roches sédimentaires.
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Cécile
Je voulais être archéologue dès l'âge de 7 ans ! J'ai commencé à Metz, comme bénévole sur un chantier d'archéologie préventive. Après un BAC comptabilité (orientation que je n'avais pas choisie) j'ai pu m'inscrire à l'université.
J'ai choisi de poursuivre mes études à Paris I (Institut Michelet et la Sorbonne), dans une double licence combinant archéologie et histoire. J'ai préparé une maîtrise en archéologie, un DEA puis une thèse en travaillant sur la métallurgie à l'âge du Bronze en Lorraine et en Sarre.
Je suis protohistorienne (spécialiste de l'âge du Bronze (-2300 av.JC à 800/750 av. JC) et de l'âge du Fer (- 750 av.JC à -50 av. JC). Parallèlement à mes études j'ai travaillé sur les chantiers archéologiques en CDD (de juin à octobre). Ce qui a permis de payer une partie de ces études. J'ai obtenu mon premier contrat sur un chantier a 19 ans ! |
Quelles sont vos conditions de travail ? Les bons et mauvais cotés ? |
Philippe
Il y a du routinier (trier, classer, répertorier) mais il y a aussi sans cesse du neuf qui tient l'esprit en alerte. C'est de la création permanente, des pistes à suivre, de la réflexion à poursuivre, des coups de fils à passer à des spécialistes, des musées à visiter, des publications à lire. Et cela se fait au long cours : par exemple, cette découverte au Tchad représente 10 ans de travail, à raison de 1 mois par an de recherche sur le terrain.
A la suite de quoi, on peut espérer pouvoir dessiner un scénario pour replacer les découvertes dans leur contexte. Et cependant, des hypothèses, même vérifiées peuvent s'avérer erronées au bout de quelques années. Donc, on travaille dans l'incertitude et l'on est toujours en éveil. |
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Cécile
Ce qui me plaît le plus, c'est l'alternance terrain, bureau. Les découvertes sur le chantier nous font approcher concrètement la manière de vivre des gens de l'âge du Bronze par exemple. Les recherches à mener au moment de la rédaction du rapport, ou au moment de la fouille, afin de trouver des comparaisons pour comprendre mieux le site, sont très stimulantes.
Ce qui paraîtra peut-être difficile, c'est toute le travail physique, dehors par tous les temps, à la pelle et la pioche. Parfois à la brosse s à dents. Faut-il être patient ? Pas plus que dans tout autre métier, lorsqu'on aime ce que l'on fait. |
Comment voyez vous l'avenir ? |
Philippe
C'est un métier pour des super-passionnés. Question financement et nombre de postes il n'a de loin pas le vent en poupe...
Il faut bien cadrer son activité et c'est un métier ou il faut perpétuellement s'accrocher.
La connaissance progresse très lentement. Comme disait Thomas Edison : pour trouver, il faut 10% d'inspiration et 90% de transpiration… |
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Cécile
De mon côté, je souhaite continuer à m'investir dans la recherche archéologique en Alsace pour l'âge du Bronze et le 1er âge du Fer.
Dans le cadre de l'archéologie préventive, en faisant un petit saut de 20 ans en arrière, on mesure le chemin parcouru : la création de l'INRAP, l'augmentation des effectifs d'archéologues pour l'archéologie préventive (et pas seulement à l'INRAP), le développement de la communication grand public pour mettre le patrimoine à disposition de tous.
La crainte actuelle serait une diminution de nos moyens qui rendrait très difficile la réalisation de nos missions. L'archéologue met au jour et reconstitue par l'étude des sites un patrimoine qui appartient à tous. Et pour cela je crois que, malgré les nécessités fortes d'aménagement (routes, lotissements, etc.), notre génération n'a pas le droit de mettre à la poubelle - c'est-à-dire de ne pas fouiller lorsqu'ils sont menacés - des sites archéologiques qui sont tout simplement une partie de notre histoire. |
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaiteraient exercer vos métiers ? |
Philippe
Avoir une très grande ouverture d'esprit. Quand on découvre un fossile ou que l'on délimite un périmètre de fouilles, on est amené à travailler avec plusieurs spécialistes, sur le terrain, par correspondance, en allant les voir… : géochimiste, archéozoologue, paléobotaniste…
Il faut également savoir se remettre en cause, même dans une progression ou l'on a acquis des certitudes. Et s'attendre également à être parfois frustré, lorsque l'on ne découvre rien.
Etre modeste aussi. Car une fois les publications réalisées, il faut bien se dire qu'il s'agit de l'état de la recherche à un moment T.
On ne sait pas non plus toujours quand les recherches vont aboutir. Il faut accepter cette incertitude et ne pas se décourager. D'autant plus qu'en matière de fouilles sur ces époques géologiques anciennes, peu de matériaux se sont fossilisés. Cela explique que l'on peut mettre longtemps entre une trouvaille et une première publication. |
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Cécile
Il faut prendre conscience que l'archéologie est un moyen de reconstituer l'histoire par les vestiges enfouis : objets, fosses-dépotoires, murs, graines, restes d'animaux qui sont les restes de repas, squelettes, etc.
Une des principale qualité de l'archéologue est l'observation. On compare souvent notre métier à celui des enquêtes policières. Les vestiges archéologiques et le mobilier sont des indices qui permettront de reconstituer une partie de ce passé.
Et puis, il faut à la fois aimer le travail de terrain et le travail de réflexion et de recherche.
L'apprentissage des langues est un atout important pour aller plus loin dans la recherche.
Les postes en archéologie ne sont pas faciles d'accès, mais ils existent maintenant, c'est ce qu'il faut retenir lorsque l'on est motivé pour faire ce métier. |

En savoir plus sur les métiers
Consulte la fiche métier sur le site de l'ONISEP.
Consulte le numéro de la collection Parcours intitulé "Les métiers du patrimoine" ainsi que le numéro de la collection Infosup intitulé "Histoire : études et débouchés", (ONISEP).
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